"Il fallait qu'il eut bien peur pour
avoir tant de courage" Victor Hugo
Lorsque l'on travaille dans une école en tant qu'éducateur sportif,
particulièrement avec de jeunes enfants, on se trouve fréquemment
confronté à la gestion de la maîtrise de la peur et à l'apprentissage de la prise de
risque
dans certaines pratiques sportives.
Pour faire le point entre toutes les idées reçues et véhiculées,
(les enfants n'ont peur de rien, ce sont des casses cous, les enfants sont inconscients ...).
et pour connaître le véritable niveau de conscience des enfants face à des situations risquées,
j'ai bossé (je me suis fait aider!) une année la dessus, voici ma conclusion :
La notion de peur et de prise de risque est un domaine très vaste.
Les différentes théories existantes démontrent une certaine complexité.
Trois axes ont été développés pour analyser cette notion :
Sous forme d'un questionnaire distribué aux parents.
Sous forme d'expérimentations avec des enfants d'école primaire.
Sous forme d'étude des différents concepts théoriques de la peur et de la prise de risque.
Nos résultats ont permis de mettre en exergue la notion de peur chez l'enfant.
Lors de l'expérimentation menée sur le terrain, nous constatons que celui-ci peut éprouver
certaines réticences à exécuter une tâche, une activité.
La grande majorité des enfants ayant participé à l'expérimentation,
a fait preuve de prudence dans la réalisation des exercices proposés.
Selon les parents interrogés, l'enfant n'est pas conscient du risque qu'il peut encourir pour 69 % d'entre eux.
Les causes de non peur principales mises en avant sont l'envie et l'attrait d'exécuter une tâche nouvelle.
Viennent ensuite les notions d'inconscience, d'ignorance, d'ignorance du danger, d'inaptitude à évaluer tous les paramètres.
- Difficulté
- Degré du risque
A l'inverse, certaines réponses apportées indiquent qu'un enfant est conscient du risque.
Le constat est toutefois modéré par des paramètres tels que la maturité,
l'importance de l'éducation reçue, de l'environnement et de l'âge.
Les causes de peur énoncées ont trait principalement à la nouveauté.
Pour certains parents une tâche nouvelle peut générer de l'anxiété chez l'enfant de même que l'incapacité à la réaliser :
- Peur de rater
- Faible estime de soi
Afin d'aborder les thèmes de la peur et de la prise de conscience du risque,
il paraît nécessaire de se référer à quelques notions théoriques.
Jean Piaget a longuement étudié le développement cognitif de l'enfant.
Ainsi, il part du principe qu'au cours de son développement,
il va connaître différentes périodes.
Jusqu'à 18 mois, l'activité du jeune enfant ne peut s'effectuer qu'en présence des objets.
Ce n'est que progressivement que l'objet absent va se constituer.
Le bébé est dépendant du milieu extérieur, sans sollicitation, il ne pourra pas se développer.
Vers l'âge de 2 ans, il entre dans la représentation c'est à dire qu'il va pouvoir se représenter l'objet.
Vers 6-7 ans, une transformation considérable s'opère, la pensée de l'enfant se modifie au profil de l'opération mentale.
A ce stade, il intériorise l'action c'est à dire qu'il peut tenir compte de ce qui s'est passé avant et de ce fait anticiper.
En ce qui concerne le sentiment de peur, cette émotion intense semble apparaître très tôt (dés l'âge de 6 mois).
Au fil du développement de l'enfant, les peurs vont changer, Robert Pelsser en a établi une chronologie.
Il semble qu'avec la maturité acquise l'enfant va pouvoir prendre conscience de ses peurs afin de pouvoir leur faire face.
Avec les années, son cerveau se développe et l'enfant devient de plus en plus conscient des risques de l'environnement.
Un psychologue, Raynald Goudreau pensait qu'un enfant pouvait également apprendre une peur par imitation.
Il donnait l'exemple suivant, exemple qui peut s'étendre à toute situation "j'ai vu maman crier à la vue d'une souris, moi aussi j'ai peur des souris à
partir de ce jour".
L'angoisse des parents peut donc se transmettre.
L'interdiction est également source de peur.
Autrement dit, le développement de l'enfant va s'effectuer par le biais d'expérimentation, d'apprentissages agréables ou désagréables
dont il va prendre progressivement conscience. Il semble donc qu'une peur "s'apprend".
La peur a été décrite de différentes façons : selon Diel elle représente un phénomène central de la vie et de son évolution,
selon Brousseau la peur est un sentiment normal (la notion de pathologie peut apparaître lorsque la réaction de par son intensité,
sa durée apparaît disproportionné à sa cause apparente).
Pour en revenir à la notion d'apprentissage, la prise de risque semble en faire partie.
Selon Cohen, cette dernière correspond à l'engagement dans une tâche sans certitude mais avec des degrés divers dans la certitude du succès,
d'ou les degrés de prise de risque.
L'activité sportive va permettre une gestion des risques encourus, un renforcement des habiletés motrices, une prise de conscience des capacités
corporelles.
En résumé, la prise de risque semble être un passage obligé pour favoriser le développement moteur, cognitif, affectif et relationnel de
l'enfant.
Il va développer des attitudes différentes face à un danger, face à un risque.
Les unités d'apprentissage mises en place dans l'enseignement sportif va lui permettre de surmonter l'obstacle et de s'adapter.
L'expérience menée fait ressortir qu'il est important de familiariser l'enfant à des situations différentes.
Un encadrement, un environnement sécurisant est primordial pour sa mise en confiance.
Certaines attitudes doivent ainsi être adoptées :
- l'acceptation de la peur de l'enfant et l'explication de ce qu'il fait peur,
- l'enseignement de la différence entre la peur et la prudence,
- la non-précipitation de l'enfant devant l'objet de sa peur
(exposition graduelle),
- la non critique,
- l'encouragement,
- l'aide à la prise de recul face à l'émotion d'anxiété,
- le développement des habiletés personnelles nécessaire pour faire face à la situation.
David Jacquemard.
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